Quand un éleveur explique la vie à un journaliste New-Yorkais

Article originellement paru sur la page Facebook de Polyface Farm

L’article récent (Note du Mythe Végétarien : au moment de l’écriture de cette réponse)  : de James McWilliams, intitulé « Le mythe de la viande durable » , contient suffisamment d’erreurs factuelles et d’hypothèses biaisées pour remplir un livre, et normalement je balayerais un tel torchon du revers de la main comme étant trop absurde pour mériter que j’y consacre de l’attention. Mais comme cet article est mentionne spécifiquement mon exploitation Polyface, y répondre prend tout son sens. Pour une réfutation plus complète, vous pouvez lire mon livre Folks, This Is not normal.

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Allons-y point par point. Tout d’abord, que les vaches au pâturage émettent plus de méthane que celles nourries au grain. Ceci est en vérité faux. En fait, la quantité de méthane dégagé par la fermentation est la même qu’elle se produise dans la vache ou à l’extérieur de la vache. Que des aliments tels que des déchets de culture soient mangés par un herbivore ou laissés à pourrir en l’état, la quantité de méthane générée est identique. Les zones humides émettent environ 95 pour cent de tout le méthane dans le monde ; la part des herbivores est assez insignifiante pour ne même pas mériter la moindre considération. Celui qui veut vraiment limiter les émissions de méthane doit commencer le drainage des zones humides ! Vite, sinon nous allons tous mourir ! Je suppose que James McWilliams pense qu’étant donné qu’il faut plus de temps pour élever un bœuf sur herbe que sur grain, la différence de temps ajoute des jours d’émissions de méthane à l’équation. Mais la production de céréales génère une multitude de soucis bien pires que le méthane. C’est tout simplement une cueillette biaisée de cerises négatives (cherry-pickingqui ignore les nombreux points positifs de l’élevage dans le but de salir l’idée même d’agriculture régénératrice : les herbivores qui élaguent, les cycles pérennes de repos-activités, la biomasse cultivée grâce au soleil, et la décomposition. Cela revient à jeter le bébé durable avec l’eau du bain polluée.

Quant à son idée que les exploitations sur herbe seraient trop gourmandes en espace, ses chiffres de 10 acres (4 hectares environ) par animal caractérisent l’habituelle mauvaise gestion actuelle des pâturages. À Polyface, nous l’appelons la gestion néandertalienne, parce que la plupart des éleveurs n’ont pas encore rejoint le 20ème siècle et ignorent l’existence des clôtures électriques, des étangs, de l’eau courante, et du compostage aérobie scientifique moderne (à peine aussi vieux que la fertilisation chimique). Ainsi, alors que ses chiffres comparant la production relative du grain à l’herbe peut sembler convaincants, ils reviennent à comparer des choux à des ananas. De nombreux agriculteurs, vivants dans des climats très différents, utilisent maintenant la technologie de l’ère spatiale de l’élevage, le biomimétisme, et une gestion rigoureuse pour obtenir une augmentation exponentielle de production du fourrage. La forêt tropicale, soit dit en passant, n’est pas rasée pour faire paître le bétail. Elle est rasée pour faire pousser du maïs et du soja transgénique. En Amérique du Nord il y avait deux fois plus d’herbivores il y a 500 ans qu’aujourd’hui en raison de l’impulsion du cycle prédateur-proie-élagage sur polycultures des prairies vivaces. Et sans maïs et sans soja s’il vous plait.

Apparemment, si vous mentez souvent et suffisamment fort, certaines personnes vont vous croire : un poulet au pâturage a un impact carbone de 20 pour cent supérieur à son malchanceux homologue en batterie ? Ah oui, vraiment ?? La vérité c’est que ces fermes de poulets industriels ne sont pas des structures autonomes. Il leur faut acheminer plusieurs hectares de céréales jusqu’à eux, et exporter vers d’autres hectares de terres le fumier généré. Bien sûr, souvent la terre ne suffit pas à absorber ce qui est considéré comme un déchet embarrassant. Au grand soulagement des agriculteurs industriels, parfois un ouragan arrive juste à temps pour tirer la chasse d’eau, tuer des poissons, et envoyer des agents pathogènes dans l’océan. Voilà une belle façon de réduire l’empreinte présumée, mais c’est un diabolique tour de passe-passe avec les données de supposer que la toxicité écologique compense les ressources terrestres réelles nécessaires pour soutenir l’activité d’une ferme usine.

Bien qu’il soit vrai qu’à Polyface nos omnivores (volailles et porcs)  mangent des grains sans OGM en plus du fourrage, les ressources terrestres nécessaires pour nourrir les animaux et laisser les sols digérer le fumier ne sont pas différentes de celles requises pour alimenter les mêmes animaux dans un environnement confiné. Même s’ils n’ont jamais mangé au pâturage, la surface requise est strictement la même. La seule différence est que nos animaux eux, prennent le soleil, font de l’exercice, ont accès à des buffets de salade variées illimités, à de l’air frais et ont une vie confortable. Les poulets vagabondant sur nos pâturages n’ont certainement pas plus d’entorses aux pattes que ceux qui marchent dans une installation confinée. Prétendre le contraire, comme McWilliams le fait, est une pure absurdité. Marcher c’est marcher – et c’est généralement considéré comme une pratique saine, sauf si vous êtes un tyran.

Fait intéressant, dans une tirade qu’il veut pleine de compassion, McWilliams déplore que dans  certaines exploitations, les porcs soient alignés avec des anneaux dans le nez pour les empêcher de fouir, expliquant que cela est pourtant « l’un des leurs instincts les plus élémentaires ». Pour mémoire, à Polyface, nous ne plaçons jamais d’anneaux sur le groin des porcs, et dans les rares cas où nous avons acheté des porcs avec des anneaux, nous les leur enlevons. Nous voulons qu’ils expriment pleinement leur nature porcine. En les faisant se déplacer fréquemment, en utilisant des clôtures électriques amovibles, des conduites d’eau en polyéthylène, des vannes à flotteur de haute technologie, et des distributeurs d’aliments scientifiquement conçus, nous ne créons pas, ni ne souffrons des problèmes rencontrés par les fermes usine de porc en extérieur à grande échelle ou par les élevages de porcs d’il y a 100 ans. McWilliams n’a apparemment jamais eu le privilège de visiter une exploitation porcine moderne d’excellence sur pâturage très bien gérée. Il pense que nous sommes tous coincés dans les années 1900, et c’est une honte parce qu’il aurait découvert que les réponses à ses préoccupations sont déjà là. Je me demande bien ce qui justifie son salaire ?

Puis McWilliams passe à l’argument selon lequel des réalités économiques surgiraient si le bétail au pâturage devenait la norme, poussant les agriculteurs à faire croître leurs exploitations sans fin, pour finir à aboutir à nouveau à des exploitations démesurées, telles que nous les connaissons aujourd’hui. Quel stratagème intelligent : condamner toute forme d’alternative. À Polyface, nous ne décourageons certainement pas la croissance – en fait nous la recherchons -. Nous pensons que davantage de fermes gérées de façon holistique sur pâturage devraient naître. Entre l’état lamentable actuel due à une mauvaise gestion, ce qu’il faut bien reconnaître, et l’efficacité de ces systèmes alternatifs, se profile une occasion en or de profiter des avantages économiques et écologiques que permettent ces élevages. McWilliams fonde ses données et ses hypothèses sur les pires fermes, la moyenne ou en dessous. Si vous voulez diaboliser quelque chose, toujours choisir les exemples au plus bas de l’échelle. Mais si vous comparez ce que l’industrie a de mieux à offrir avec le meilleur des systèmes à base de pâturage, les élevages industriels n’ont aucune chance de rivaliser. Utiliser de l’infrastructure portable, une gestion rigoureuse, et les outils techno-chics, les agriculteurs optant pour ces systèmes d’élevage de porcs au pâturage éliminent pratiquement les coûts de capitalisation et les factures de vétérinaire.

Enfin, McWilliams pense placer le coup de poing décisif de son argumentaire en évoquant le cycle des nutriments, en accusant spécifiquement Polyface d’être une mascarade car la ferme aurait recourt à du grains issu de fermes industrielles ! Tout d’abord, à Polyface nous ne supposons pas que tout mouvement nutritif soit anti-environnemental. En fait, l’une des principales activités des animaux dans la nature est de déplacer en hauteur les éléments nutritifs, contre l’écoulement gravitaire naturel à partir de hauteurs de terrain bas. Ceci est la raison pour laquelle les terres basses et les vallées sont fertiles et les plateaux le sont moins. Les animaux sont le seul mécanisme que la nature possède pour défier ce flux descendant naturel. Heureusement, les prédateurs incitent leurs proies à se prélasser sur des terrains en hauteur (d’où ils peuvent voir leurs ennemis arriver), ce qui assure que le fumier se concentrera sur les points élevés d’observation plutôt que dans les vallées. Peut-être que ceci est la raison pour laquelle il n’y a aucun écosystème existant qui soit dépourvu d’animaux. Le fait est que le mouvement des éléments nutritifs est intrinsèquement thérapeutique pour la nature.

Mais, il se loupe encore. Et là réside la différence entre les grains utilisés à Polyface et ceux utilisés par l’industrie : Nous nous soucions de leur provenance. Ils ne sont pas seulement une marchandise. Ils ont une origine et une destination, du début à la fin, de l’agriculteur au consommateur. Plus nous pouvons relier les cycles de carbone, plus nous allons devenir respectueux de la norme environnementale.

Deuxièmement, les herbivores sont l’exception à l’argument du flux négatif de nutriments parce qu’en broutant l’herbe, ils activent le moteur photosynthétique à accumulation rapide de biomasse, le flux net de carbone compense toute perte due à la récolte. Les herbivores n’ont pas besoin que l’on travaille le sol ou que l’on sème des plantes annuelles pour eux, et c’est pourquoi tous les sols historiquement profonds ont été façonnés par eux, et non par des omnivores. C’est fascinant que McWilliams veuille diaboliser le bétail sur pâturages et qu’il n’ai pas intégré la notion des boucles de nutriments. Il n’a cependant l’air d’avoir aucun problème, avec l’horreur écologique des zones mortes du golfe du Mexique de la taille du New Jersey créées par les engrais chimiques qui ruissellent, ce afin de cultiver du grain (lesquels en outre réduisent la vie des bovins). C’est incroyable. ! C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles Polyface est engagée dans la lutte pour l’assouplissement des règles de sécurité alimentaire afin de permettre l’abattage à la ferme, précisément pour pouvoir conserver tous ces nutriments dans les exploitations et ne pas les envoyer dans les usines d’équarrissage. Si les végés qui ne veulent pas que des activités agricoles normales comme l’abattage se déroulent sur les terres rurales pouvaient comprendre à quel point ces règlements gouvernementaux sont dévastateurs pour l’économie environnementale, McWilliams n’aurait peut-être pas cette balle dans son arsenal. Et oui, les déchets humains devraient aussi être remis sur la terre ferme pour aider à boucler la boucle du cycle de la vie.

Troisièmement, chez Polyface, nous luttons en amont. Historiquement, les omnivores étaient des agents de recyclage. Les porcs mangeaient du lait avarié, du lactosérum, des glands, des châtaignes, des fruits avariés et une foule d’autres produits agricoles. Idem pour les poulets, qui mangeaient des restes de cuisine et des déchets de jardin. Le fait qu’aujourd’hui 50 pour cent de toute la nourriture humaine comestible produite dans le monde aille dans des décharges ou dans des opérations de compostage approuvées par des environnementalistes plutôt que dans la panse d’ omnivores est à la fois écologiquement et moralement répréhensible. Chez Polyface, nous essayons depuis de nombreuses années de récupérer les restes de cuisine des restaurants pour nourrir nos volailles, mais la logistique est un cauchemar. Le fait est qu’en Amérique, nous avons créé un système d’alimentation et d’agriculture séparé. Dans un monde parfait, Polyface ne vendrait pas d’œufs. Au lieu de cela, chaque cuisine, tant domestique que commerciale, aurait suffisamment de poulets à proximité pour évacuer tous les déchets comestibles. Cela éliminerait toute l’industrie des œufs et le paradigme actuel de l’alimentation lourde à base de céréales. Chez Polyface, nous prétendons seulement faire de notre mieux dans notre lutte contre un système alimentaire et agricole déviant et historiquement anormal. Nous n’avons pas créé cette situation  et nous ne la résoudrons peut-être pas parfaitement. Mais nous sommes sûrs que nous sommes beaucoup plus avancés vers de vraies solutions que McWilliams ne peut l’imaginer. Et si la société bougeait là où nous voulons aller, si les organismes de réglementation gouvernementaux nous laissaient aller là où nous devons aller, et si l’industrie n’essayait pas de nous criminaliser alors que nous essayons d’y aller, nous irions tous beaucoup mieux et les vers de terre pourraient s’en mettre plein la lampe.

Si vous voulez sauver le monde, le véganisme n’est pas la solution.

Voilà un très bel article paru le 25 août 2018 sur la version électronique du Guardian. En espérant que sa traduction puisse aider à faire circuler quelques idées sur l’agriculture.

La viande d’élevage intensif et les produits laitiers sont un fléau environnemental, mais les champs de soja et de maïs le sont également. Il existe cependant d’autres manières de faire.

grazingLes appels à migrer entièrement vers les aliments végétaux, ignorent un des outils les plus puissants pour soulager ces maux : les animaux de pâturage qui broutent. Illustration : Matt Kenyon

Le véganisme a explosé au Royaume-Uni au cours des deux dernières années, passant d’environ un demi-million de personnes se définissant comme tel en 2016 à plus de 3,5 millions – 5 % de la population – aujourd’hui. Des documentaires influents en la matière, tels que Cowspiracy et What the Health ont mis en lumière l’industrie intensive de la viande et du lait, exposant les impacts sur la santé animale et humaine et l’environnement au sens large.

Nos sols étaient presque morts. Aujourd’hui, nous avons relevé 19 types de vers et 23 espèces de coléoptères hébergés dans une seule bouse de vache.

Plutôt que d’être séduits par les injonctions à manger davantage de produits à base de soja, de maïs et de céréales cultivés industriellement, nous devrions encourager les formes durables de production de viande et de produits laitiers basées sur les systèmes traditionnels de rotation, de pâturages permanents et de pâturage de conservation. Nous devrions, à tout le moins, remettre en question l’éthique de l’augmentation de la demande pour des cultures qui nécessitent des intrants élevés d’engrais, de fongicides, de pesticides et d’herbicides, tout en diabolisant les formes durables d’élevage qui peuvent restaurer les sols et la biodiversité, ainsi que séquestrer du carbone.

En 2000, mon mari et moi avons transformé notre ferme de 1 400 hectares (3 500 acres) dans le West Sussex en pâturage extensif à l’aide de troupeaux en liberté d’une race ancienne de vaches anglaises à longues cornes, de cochons de race Tamworth, de poneys Exmoor, de cerfs rouges et de daims dans le cadre d’un projet de « réensauvagement » des parcelles. Pendant 17 ans, nous avons lutté pour rentabiliser nos activités conventionnelles dans le secteur des cultures arables et des produits laitiers, mais sur des sols argileux, lourds et pauvres, nous ne pouvions concurrencer d’autres exploitations agricoles ayant des terres plus légères, et donc plus simples à travailler. Cette décision a changé notre existence. Aujourd’hui, l’écotourisme, la location de bâtiments post-agricoles et 75 tonnes par an de viande de pâturage biologique contribuent à la rentabilité de l’entreprise. Et comme les animaux vivent à l’extérieur toute l’année, avec de la nourriture en abondance, ils n’ont pas besoin d’une alimentation complémentaire et ont rarement besoin de voir le vétérinaire.

Les animaux vivent en troupeaux naturels et se déplacent où bon leur semble. Ils se vautrent dans les ruisseaux et les prairies humides. Ils se reposent où ils aiment être (ils dédaignent les granges ouvertes qui leur servent d’abri) et mangent ce qu’ils aiment. Le bétail et les cerfs broutent les fleurs sauvages et les graminées, mais ils broutent aussi parmi les arbustes et les arbres. Les porcs fouissent à la recherche de rhizomes et même plongent, pêchent les moules d’eau douce qui vivent dans nos étangs. La façon dont ils broutent, se roulent dans les mares et piétinent le sol stimule la végétation de différentes manières, ce qui crée à son tour des opportunités pour d’autres espèces, y compris les petits mammifères et les oiseaux.

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Chouette Chevêche : une des cinq espèces de chouettes que l’on trouve à Knepp – se régalent sur une population de coléoptères en plein essor. Photographie : Ned Burrell

Un point crucial est que nous ne leur donnons pas d’Avermectine (le vermifuge le plus couramment administré au bétail dans les systèmes intensifs) ou d’antibiotiques, leurs excréments nourrissent les vers de terre, les bactéries, les champignons et les invertébrés comme les scarabées, qui permettent par leur action mécanique d’enfouir le fumier plus bas dans la terre. Il s’agit d’un processus vital pour la restauration de l’écosystème, le retour des nutriments et de la structure du sol. L’épuisement de la couche arable est l’une des plus grandes catastrophes auxquelles le monde est confronté aujourd’hui. Un rapport de 2015 de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture indique que, à l’échelle mondiale, 25 à 40 milliards de tonnes de terre végétale sont perdues chaque année à cause de l’érosion, principalement à cause du labour et des cultures intensives. Au Royaume-Uni, l’appauvrissement de la couche arable est si grave qu’en 2014, le magazine professionnel Farmers Weekly a annoncé que nous n’aurons peut-être plus que 100 récoltes devant nous. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la seule façon d’inverser ce processus, d’enrayer l’érosion et de reconstruire le sol est de laisser les terres arables en jachère et de les remettre en pâturage pendant un certain temps – comme le faisaient les agriculteurs avant que les engrais artificiels et la mécanisation rendent possible la culture en continu -, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Le bétail au pâturage ne fournit pas seulement un revenu aux agriculteurs, mais du fumier, de l’urine et même la façon dont ils broutent accélère la restauration du sol. La clé c’est la biologie et de maintenir sur ces terres un faible nombre de têtes de bétail pour éviter le surpâturage.

Il y a vingt ans, nos sols à la ferme – gravement dégradés après des décennies de labourage et d’intrants chimiques – étaient presque morts biologiquement. Nous avons maintenant des champignons fruitiers et des orchidées qui apparaissent dans nos anciennes terres arables : une indication que des réseaux souterrains de champignons mycorhiziens se répandent. Nous avons 19 types de vers de terre – espèces clés en matière d’aération, de rotation, de fertilisation, de l’hydratation et même de la détoxification du sol. Nous avons trouvé 23 espèces de coléoptères du fumier dans une seule bouse de vache, dont l’une – le doryphore violet – n’a pas été vue dans le Sussex depuis 50 ans. Les populations d’oiseaux qui se nourrissent d’insectes attirés par ce fumier nutritif sont en train de grimper en flèche. Le fouissement des porcs permet à la flore et aux arbustes indigènes de germer, y compris le saule, ce qui a donné naissance à la plus grande colonie d’empereurs pourpres de Grande-Bretagne, l’un de nos papillons les plus rares, qui pond ses œufs sur ses feuilles jaunes.

Non seulement ce système de pâturage naturel aide l’environnement en termes de restauration des sols, de biodiversité, d’insectes pollinisateurs, de qualité de l’eau et d’atténuation des inondations – mais il garantit également une vie saine pour les animaux, et ils produisent à leur tour de la viande qui est saine pour nous. Contrairement à la viande nourrie au grain et à la viande finie au grain provenant de systèmes intensifs, la viande entièrement nourrie au pâturage est riche en bêta-carotène, calcium, sélénium, magnésium, potassium et vitamines E et B, et en acide linoléique conjugué (ALC) – un puissant anti-cancérigène. Elle est également plus riche en acide gras oméga-3 à longue chaîne DHA, qui est vital pour le développement du cerveau humain, mais extrêmement difficile à obtenir pour les végétaliens.

On a beaucoup parlé des émissions de méthane du bétail, mais elles sont plus faibles dans les systèmes de pâturages biodiversifiés qui comprennent des plantes sauvages comme l’angélique, la fumeterre commune, la bourse à pasteur et le lotier des oiseaux parce qu’ils contiennent de l’acide fumarique – un composé qui, ajouté au régime des agneaux à l’Institut Rowett à Aberdeen, a réduit les émissions de méthane de 70 %.

Dans l’équation végétalienne, par contre, le coût du carbone du labourage est rarement pris en compte. Depuis la révolution industrielle, selon un rapport publié en 2017 dans la revue scientifique Nature, jusqu’à 70 % du carbone de nos sols cultivés a été perdu dans l’atmosphère.

Il est donc ici question de choix impliquant d’immenses responsabilités ici : à moins que vous ne vous procuriez vos produits végétaliens spécifiquement à partir de cultures biologiques, pratiquant des systèmes « sans labour », vous participez activement à la destruction du biote du sol, en faisant la promotion d’un système qui prive d’autres espèces, y compris les petits mammifères, les oiseaux les insectes et les reptiles, de leurs conditions « naturelles » de vie et qui contribue de manière significative au changement climatique.

Notre écologie a évolué en parallèle des grands herbivores – avec des troupeaux en liberté d’aurochs (la vache ancestrale), de tarpans (le cheval originel), de wapiti, d’ours, de bisons, de cerfs, de chevreuils, de sangliers et de millions de castors. Ce sont des espèces dont les interactions avec l’environnement soutiennent et favorisent la vie. L’utilisation d’herbivores dans le cadre du cycle agricole peut contribuer grandement à rendre l’agriculture durable.

Il ne fait aucun doute que nous devrions tous manger beaucoup moins de viande, et les appels en faveur de la fin des formes de production intensive de viande à forte teneur en carbone, polluante, non éthique et non éthique sont louables. Mais si vos préoccupations en tant que végétalien sont l’environnement, le bien-être des animaux et votre propre santé, alors il n’est plus possible de prétendre que tout cela est satisfait simplement en abandonnant la viande et les produits laitiers. Aussi contre-intuitif que cela puisse paraître, l’ajout d’un steak de pâturage biologique occasionnel à votre régime alimentaire pourrait être la bonne façon de résoudre la quadrature du cercle.


Isabella Tree dirige le domaine de Knepp Castle Estate avec son amri, l’écologiste Charlie Burrell, et est l’auteur de Wilding : The Return of Nature to a British Farm.