Pourquoi est-il nécessaire de manger les animaux ?

Voilà le lien original de ce texte de Diana Rodgers, hébergé chez un des grands manitous de la mouvance paléo, Robb Wolf 🙂 :

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Merci à Nom Nom Paleo pour le dessin. Achetez le t-shirt !

Beaucoup de gens croient qu’il n’est pas « humain » de manger de la viande. Je les comprends. En regardant en surface, on peut penser que la chose la plus humaine à faire est de ne pas manger de viande. S’abstenir de manger de la viande  semble également la meilleure chose à faire d’un point de vue écologique, et la façon la plus « saine » de manger. Je comprends bien qu’avoir de la compassion pour les animaux et les manger semble incompatible. C’est pourquoi je ne défends pas la viande provenant d’élevages industriels.

Il existe des raisons environnementales de taille expliquant pourquoi nous avons besoin des herbivores.

Récemment, j’ai écrit un texte expliquant combien les animaux de pâturage étaient bénéfiques pour les sols. Quand ils broutent l’herbe, ils stimulent sa repousse, le piétinement de leurs sabots, leurs urines et leurs bouses effectuent un travail crucial d’un point de vue microbiologique, et augmentent la biodiversité du sol, ce qui aide au processus de séquestration du carbone. J’ai expliqué comment la plupart des études qui démontrent combien d’eau était nécessaire pour faire un steak avaient en réalité comptabilisé les eaux vertes (eaux de pluie incluses), et pas les eaux bleues (les eaux utilisées pour abreuver le bétail). Quand vous lisez cette étude qui utilise le calcul basé sur les eaux bleues, une production « traditionnelle » de bœuf a une empreinte en eau similaire à celle du riz, de l’avocat, des noix et du sucre. J’ai également expliqué que quand vous considérez la quantité de terres non exploitables pour y mener des cultures, et uniquement utilisables par des animaux de pâture, que le bétail et les autres herbivores n’entraient pas en compétition avec les cultures végétales en terme d’espace. Voici un chouette graphique détaillant l’impact environnemental du bœuf élevé uniquement à l’herbe.

Il existe une étude récente de l’université de Tufts, qui explique que le régime végan n’est pas le plus pertinent du point de vue d’une utilisation durable des terres. Cultiver la totalité des terres disponibles pour y produire des légumes n’est pas une façon efficace d’utiliser l’espace disponible. L’étude s’attache à l’utilisation des terres, et une fois de plus, si l’on admet que la plupart des terres de notre planète ne sont pas adaptées à la culture de végétaux, il est clair qu’inclure à son menu des protéines animales est efficace du point de vue de l’utilisation des terres. Ce que l’étude ne prend pas en compte, ce sont les herbivores élevés en pâturage comme première source de protéines. Elle ne considère qu’un apport « traditionnel » de viande. Les poulets élevés en batterie, dont la consommation mondiale a connu une augmentation de presque 400%  consomment des céréales. Si nous échangeons nos poulets de batterie pour du bœuf élevé et fini à l’herbe, alors l’équation serait encore bien différente.

L’autre jour, j’ai eu ce commentaire sur l’article :

« Pourquoi serait il nécessaire de manger les animaux ? » Je ne comprends pas pourquoi ce serait une étape obligatoire du processus. Si les herbivores sont « utilisés », ne pourrions nous pas simplement les laisser vivre leurs vies et les laisser fertiliser le sol pour rendre les cultures plus efficaces ? » 

Ce commentaire nécessitait une réponse dans un article à part entière, voilà donc mes réflexions sur le sujet :

Est-il « plus humain » pour l’animal d’être voué à une mort « naturelle » ? Qu’est ce que signifie une « mort naturelle » pour la plupart des gens ? Pour un animal, il existe plein de façons de mourir dans la nature. Une mort naturelle ne signifie pas une mort sans douleur. Tous les animaux ne meurent pas dans leur sommeil à un âge avancé. En fait, c’est même rarement le cas.

Être mangé par un autre animal est une façon de mourir répandue. Cela implique généralement un combat stressant et une mort douloureuse. Plus souvent c’est une mort relativement lente, comparé à une balle dans tête ou à une entaille dans la gorge, comme pratiquée dans ce court métrage que j’ai contribué à produire. Les petits abattoirs à échelle humaine qui emploient des techniques d’abattages humaines s’assurent que l’animal meurt rapidement avec le moins de douleur possible. Les gens qui y travaillent se préoccupent réellement de bien faire leur travail et éprouvent une certaine fierté à amener dignement l’animal dans « la phase suivante de leur existence » : nourrir un grand nombre de personnes. En comparaison, les hyènes ne sont pas tellement « humaines » quand il s’agit du sort qu’elles réservent à leurs proies. Il arrive qu’un coyote mange une de nos brebis. Est-ce que cette brebis avaient des droits ? Si oui, le coyote a-t-il violé les droits de la brebis en la mangeant ? Les coyotes jouent un rôle important dans la nature, et ils ont besoin de manger eux aussi. Et que dire des rapaces qui mange nos poules, ou qui chassent les souris dans les champs ?

En dehors des morts violentes, la maladie peut frapper l’animal et l’emporter. Ce processus n’est pas non plus indolore. Mais admettons qu’un animal soit complètement protégé de ses prédateurs, et ne meurt ni de maladie ni d’infection, et vive jusqu’à un âge avancé. A la fin de sa vie, ses organes commenceront à décliner et l’animal ne pourra plus ni manger ni boire. Peut-être même deviendra-t-il aveugle. Est-ce que ce processus est sans douleur et rapide ? Est ce que permettre à l’animal de souffrir est une meilleure option de mort pour ce dernier ? La vie est belle quand vous êtes jeune et en bonne santé, mais personne ne reste jeune et en bonne santé à tout jamais. Quand on regarde de jolies images de troupeaux de zèbres fringants ou de chevreuils dans la nature, on ne les voit jeunes que parce que les vieux et les malades ont été éliminés par leurs prédateurs. Faut-il donc supprimer les prédateurs ? Est-ce « plus humain ? »

Imaginons que nous décidions tous d’un commun accord de laisser les herbivores restaurer nos sols et que nous ne les consommions pas comme protéines. Il faudrait donc se poser la question du contrôle de leur population ? Vaut-il mieux laisser les loups et les hyènes réguler ces populations et être bien nourris, pendant que nous nous nourrirons de tofcisse et que nous boirons notre soleil vert ? Devrions-nous stériliser un certain pourcentage de ces herbivores, de façon à ce qu’ils ne puissent se reproduire ?  La stérilisation est elle une solution plus humaine que la mise à mort par une hyène ? Une autre question  se pose : comment un système de vaches au pâturage pour restaurer les sols pourrait être tenable économiquement ? Les vaches sont une ressource économique pour leur viande et leur lait. Elles ne valent pas grand chose d’un point de vue économique pour un fermier si elles ne sont que des « amélioratrices de sols ».  Un fermier/ éleveur responsable traite correctement ses animaux et dégage du bénéfice de son activité. Qui prendrait la responsabilité de s’assurer que les vaches aient accès à de l’eau, à des pâturages, et soient soignées si elles étaient malades ou blessées si il/elle n’était pas payé ? Le système a besoin de résoudre ce paramètre financier pour être pérenne.

« Mais ce n’est qu’une question d’intention » 

Il est important de comprendre qu’un régime sans viande n’équivaut pas à un régime sans sang. Beaucoup d’animaux perdent la vie lors de la culture des végétaux. Les oiseaux et les papillons sont empoisonnés par des produits phytosanitaires, les lapins et les souris sont broyés par les tracteurs, et de vastes champs de monocultures végétales accaparent l’habitat d’une population native d’animaux qui ont jadis vécu sur ces terres. La culture de végétaux n’est pas humaine pour les lapins.

J’ai souvent entendu des gens répondre à ceci que tant qu’il n’y avait pas l’intention de tuer des lapins, pour obtenir un burger de soja, alors c’était moral quand même. Cette idée d’une intention est complexe, mais si vous savez que vos actions causent la mort comme effet secondaire, et que malgré tout vous le faites, vous êtes quand même toujours à l’origine d’une mort.

Si en prenant ma voiture pour faire mes courses pour acheter du tofu j’écrase accidentellement un écureuil, est-ce qu’il est quand même mort ? Oui. Mais est-ce que j’en éprouve de la culpabilité ? Non. C’est une chose que je n’avais pas prémédité, il n’était pas dans mon intention que conduire tuerait un écureuil.

Et si je vous disais qu’à chaque trajet vers ce magasin où vous vous achalandez en tofu, vous écraserez à chaque fois une famille entière d’écureuils, de façon inévitable. Si vous saviez qu’à chaque fois que vous alliez à ce magasin vous tueriez ces écureuils, serait-ce encore moral d’aller à ce magasin, même si votre intention n’était pas de tuer ces animaux ?

Il me semble que si on est conscient du fait que nos actions ont un réel effet, alors il y a bien une intention.

J’affirme maintenant de façon officielle que pour produire des végétaux, des animaux sont tués lors du processus. Est-ce toujours moral de manger des végétaux ?

Si vous mettez la vie d’un écureuil sur le même plan que celle d’une vache, et que vous cherchez réellement à tuer le moins possible de vies pour vous nourrir, j’amène l’argument suivant : tuer une vache qui a vécu toute sa vie en pâturage cause en fait moins de morts que le nombre d’animaux sacrifiés par les techniques modernes de récolte des cultures intensives. Le principe du moindre mal pencherait donc en la faveur de la consommation de grands herbivores (viande rouge).

Voici quelques une des réponses que j’entends souvent de la part des personnes qui cherchent à causer « le moins de mal possible ».

« Je ne consomme que des produits laitiers et des œufs. »

D’accord, je vois. Vous ne voulez pas que les animaux meurent, mais vous consommez leur lait et leurs œufs. Cela peut sembler mieux d’un point de vue moral. Est-ce que le lait que vous buvez est issu d’une vache nourrie uniquement à l’herbe ? Si ce n’est pas le cas, saviez-vous que ces vaches ne pouvaient pas beaucoup bouger et passaient la majorité de leur existence dans des bâtiments agricoles ? Savez-vous comment on arrive à faire qu’une vache produise du lait ? Naturellement ? Savez vous ce qu’il advient du petit de ces vaches ? Et à propos de vos œufs, proviennent-ils d’un élevage où les poules sont à 100% élevées en liberté, sans complément de grains ? Si ce n’est pas le cas, alors vos poules, tout comme vos vaches laitières ne vivent pas réellement la vie « naturelle » d’un poulet. Que pensez-vous qu’il arrive aux poussins mâles, ceux qui ne pondent pas d’œufs ? Je pense qu’il est sûrement plus sain de consommer des produits laitiers et des œufs plutôt que de s’alimenter de façon exclusivement végétale, mais il y a bien d’autres éléments à prendre en considération et qui méritent d’être interrogés, si vous avez un problème moral avec la mort.

« Ok, je mangerais éventuellement du poisson, voir du poulet, mais sûrement pas de la viande rouge ! »

Je me demande dans quelle mesure il serait plus « moral » pour ceux qui mangent « en conscience » de penser que le poisson et le poulet soient supérieur à la viande rouge sur une échelle de moralité. Est ce parce que la chair du poisson et du poulet sont blanches ? Est-ce plus facile à manger quand il n’y a plus d’os et qu’on ne voit plus le « sang. » – en vérité le jus rouge dans les emballages de steak n’est pas du sang, il s’agit de myoglobine- ? Est-il plus aisé d’acheter de petites quantités de chair blanche plutôt que de de gros morceaux de chair rouge sur l’os ? Est-ce que les poulets et les poissons seraient des sous-animaux, comparés à une vache ? Est-ce parce que le bœuf est gras ? Est-ce que tout le monde a oublié que les graisses saturées ne sont plus considérées comme l’ennemi public numéro 1 ?

Est-ce que tous nos déboires de santé sont vraiment causés par notre consommation « accrue » de viande rouge ? Une fois de plus, si vous regardez ce que les gens mangent réellement, la quantité de viande rouge consommée n’a pas augmenté depuis 50 ans, c’est notre consommation de poulet qui a été multiplié par 5.  Nous sommes devenus de gros consommateurs de poisson aussi. Les études qui vilipendent la viande rouge sont observationnelles, utilisant des données issues de questionnaires. Les gens arrivent à se souvenir du hamburger qu’ils ont mangé la semaine précédente, mais ils tendent à « oublier » le beignet au pomme frit dans l’huile, le soda XXL, et la portion géante de frite qui accompagnait le hamburger. Ce n’est pas la viande qui fait tellement de mal, c’est la façon dont on l’élève, et les aliments dont on l’accompagne.

« Je me sens plus (vertueux, propre, pur) en ne mangeant que des plantes »

Voici d’autres questions à considérer. Aux animaux qui meurent lors des labours ou des récoltes de vos cultures, il faut ajouter les nombreux animaux victimes des productions d’aliments végétaux issus de l’agriculture. L’huile de palme par exemple. Je ne pense pas que l’on puisse considérer que l’huile de palme soit OK dans un régime végan, si l’on considère l’impact que son industrie a sur les orangs-outans. Et que dire des humains qui récoltent vos cultures ? Je constate très peu d’attention portée à la personne humaine et aux problèmes sociaux par les tenants des régimes 100% végétaux. Que dire des 400 000 enfants migrants esclaves dans des exploitations ? Mangez-vous des bananes, du chocolat, buvez-vous du café ? Il y a tellement de problématiques autour de l’industrie alimentaire bien au-delà de savoir si c’est « bien » ou « mal » de manger de la viande.

« Quelle est la façon la plus « morale » de s’alimenter ?

Si vous cherchez réellement à minimiser les torts causés aux animaux, assurez-vous de faire les choix les plus durables et éthiques en matière de choix d’aliments, pour ce faire il faut accepter d’élargir votre horizon et d’inclure de nouvelles questions. Si vous savez que des animaux mourront pour votre tofu, pensez-vous toujours qu’il soit correct de le consommer ? Si vous savez que vos bananes non bio impliquent que les écoles et les habitations aux alentours de la plantation seront aspergées de produits chimiques toxiques, causant des maladies ainsi que des défauts de naissance, est-ce que vous serez toujours d’accord avec le fait de les consommer ? Est-il correct de manger des tomates quand on ignore qui les a récolté ? Si vous appreniez que c’est une fille de 12 ans qui travaille 12 heures par jour, au lieu d’aller à l’école, de façon à ce que vous puissiez avoir des tomates au mois de janvier, considéreriez-vous qu’il soit plus vertueux de les consommer que de manger de l’agneau ? Si vous ne voyez pas le « sang » ou les os dans votre poulet emballé sous plastique, cela le rend-il plus facile à manger à vos yeux ? La viande blanche est-elle plus « propre » à consommer ? Les oiseaux sont-ils des animaux qui comptent moins que les vaches ? Est-il correct de boire du lait de vache confinée toute sa vie, qu’elle n’ait jamais pu voir un brin d’herbe ? Quel type d’élevage permettrait à une vache de jouir d’une vie décente (d’accord, peut être bien qu’une vache au pâturage connait un seul mauvais jour de sa vie entière, mais la vache laitière également mourra aussi) ? Quel système est le meilleur ? L’initiative des Lundi Sans Viande change-t-il la façon dont les vaches sont traitées ?

En choisissant de refuser complètement ce système, en ne mangeant plus du tout de viande, changez-vous la façon dont cette dernière est produite ?

L’élevage industriel n’est pas une solution, selon moi, si nous étions plus exposés à la dynamique de production durable de nourriture, il y aurait moins de confusion concernant ce qu’il convient de faire. Si chacun avait l’expérience de travailler ou de vivre à proximité d’une petite ferme biologique qui aurait intégré un élevage d’animaux de pâturage (comme je l’ai moi même fait), alors les réponses à ces questions seraient plus évidentes. Nous faisons parti de la nature. Même si nous préférons éviter cette idée, la vie n’est pas possible sans la mort.

Si nous sommes d’accord sur le point que les herbivores sont absolument nécessaires pour la santé du sol, nous devrions être d’accord pour les manger.

Pour aller plus loin : Caroline Watson a écrit un beau texte sur l’aspect éthique de la consommation de viande. Le mythe végétarien, écrit par une ancienne végan, est également un superbe plaidoyer pour la consommation éthique de viande,  je viens de commencer à lire Vegan Betrayal, de Mara Kahn. Cependant, j’ai également acheté The Humane Economy, par Wayne Pacelle, végan et président de la Humane Society By Vegan, pour tenter de mieux comprendre ce qui constitue les fondements de la pensée des militants des droits des animaux. Je crois qu’il est fondamental d’explorer toutes les facettes d’une histoire afin de la saisir dans sa globalité. Alors que j’apprécie » l’intention » de ceux qui choisissent de ne pas consommer de viande, je suis tout simplement en désaccord avec leur logique.

Et vous, qu’en pensez vous ?

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